Voila bien une affirmation qui préoccupe bien des penseurs de chez nous : les taux d’intérêts des IMF sont trop chers !
Cette affirmation choquante lorsqu’elle est assénée aussi brutalement est à la fois vraie en fausse, elle doit en fait être relativisée.
Elle est vraie en ce sens qu’en valeur absolue des taux d’intérêts de 20 à 40%sont des taux d’un niveau très élevés, ce qui est indéniable. Prétendre la contraire consisterait à nier une évidence.
Elle n’est pas aussi brutale si l’on met ce taux en perspective.
Tout d’abord comparons-le avec les taux de chez nous. Qui n’a jamais découvert avec stupeur les taux proposés par certain établissement de crédit à la consommation chez qui des taux de 15 à 18% ne choquent personne. Surtout que cela même se permettent de détourner le vocable de « micro crédit » dans leur campagnes marketing et créant une inacceptable confusion des genres. Qu’on se le dise, le crédit à la consommation en France n’est pas du micro crédit !
Cette comparaison ne rend pas les taux de la micro finance particulièrement digestes pour autant.
Cela est vrai, bien entendu mais il nous faut, pour être complet dans notre analyse, étudier leur niveau de manière relative. Certes ces taux sont élevés mais ils sont une ressource considérablement moins chère que la seule ressource à laquelle ces bénéficiaires peuvent avoir accès en dehors du micro crédit : celle de l’usure qui se promène, elle, à des taux annuels de 100 à 300% selon les pays...
Lorsque l’on va à la rencontre des bénéficiaires sur le terrain l’on est souvent surpris de constater que le niveau des taux d’intérêts n’est pas la préoccupation principale des bénéficiaires. En effet le financement de micro activités permises par ces micros crédit permet généralement des marges suffisantes au remboursement des crédits tout en assurant à son bénéficiaire une marge de revenus acceptable.
De plus La part relative de ces taux dans la structure de charge d’un micro entrepreneur n’est souvent pas aussi pénalisante qu’on l’imagine puisque les faibles couts de travail, des matières premières, associé à la quasi absence de taxation ou de charge sociale ne grèvent que faiblement la marge du micro entrepreneur.
Cela n’explique en rien le niveau des taux me direz vous. En fait, ces taux s’expliquent par le fait que l’activité de délivrance et de suivi des micro crédits est par nature consommatrice de ressources humaines et de temps : il faut former les bénéficiaires, traiter leur dossier, délivrer le cash, assurer le recouvrement etc..Une multitude de taches pour des crédit de montants parfois symboliques. Le traitement d’un crédit de 20000 euros pour un consommateur traditionnel prend souvent moins de temps que celui de 50 euros à un micro entrepreneur. Or la micro finance par définition ne délivre que de tout petits crédits. Dont de toute petite marges unitaire, en terme de valeur absolue.
Par ailleurs, les couts de la ressource pour l’imf (elle doit emprunter à des institutionnels pour repreter) n’est pas gratuit et tourne souvent autour de 10/12%, un cout que l’imf, en plus de ses charges d’exploitation, est obligée de refacturer à ses bénéficiaires.
Vous l’aurez bien compris, les institutions de micro finance doivent, pour perpétuer leur aide, devenir autosuffisante et financièrement équilibrées. En cas contraire c’est tout l’édifice de la micro finance qui s’écroule. Pour ce faire et compte tenu du cout de traitement d’un dossier, il va falloir débloquer un très grand nombre de crédits pour parvenir à l’équilibre ? Cette grande quantité de dossier à traiter implique des couts que l’imf doit assumer et répercuter à ses clients, ce qui explique le niveau des taux.
Evidemment et comme partout il y a des abus et quelques exemples récents nous montrent que nous devons être vigilants. Cependant la tendance de fonds est à la baisse des taux notamment du fait de la concurrence et de la hausse des volumes. Savez vous que les taux moyens de micro crédit en inde, l’un des pays les plus murs en la matière tournent autour de 15%, à peine plus que chez nous… Et la tendance est tracée, plus le micro finance se développe, plus ses taux baissent
Notre rôle en tant que plateforme de financement à cout réduit pour les imf sera aussi, lorsque nous pèserons d’un poids suffisant, de pousser les IMF à baisser leur taux finaux, bien évidemment.